L'islam Authentique


La religion originelle d'Abraham





الإسلام الحنيف على ملة إبراهيم وسنة محمد خاتم النبيين
عليهما الصلاة و السلام


Les fondements de la jurisprudence en Islam

Analyse critique de l'approche théologique classique

 

Sans être un spécialiste en islamologie, je me livre dans ce texte à un exercice difficile dans la perspective d'apporter quelques éléments d'éclairage sur l’une des questions les plus complexes en islam, à savoir l'interprétation des textes de référence, le Coran et secondairement les Hadiths attribués au prophète(s).

Les Hadiths sont des sentences transmises oralement au début et par écrit  par la suite, elles sont censées remonter jusqu'au prophète(s).

L'authenticité d'un hadith est appréciée par une méthode basée sur la vérification de la fiabilité de ses rapporteurs faisant partie de la chaîne de transmission qui doit être continue du début à la fin.

La complexité du sujet s'explique en premier lieu, par la rareté de sources en langue française, bien que la traduction en tant que telle; pose un problème de taille car elle est d'une part auteur-dépendante et d'autre part, elle ne restitue que rarement la subtilité de la langue arabe.


L'autre écueil réside dans la difficulté de déconstruire les idées largement répandues dans le monde musulman, des idées martelées depuis des siècles au point de passer inaperçues même aux yeux des spécialistes, maintenant ces idées font la toile de fond de la mémoire collective musulmane.

Afin de comprendre et résoudre cette complexité, il est nécessaire d'élaborer une méthodologie pour appréhender les textes religieux afin d'éviter les abus d'interprétation et nous commençons par quelques notions de base:

-Il n'y a pas de clergé en islam majoritaire (sunnite), par contre les chiites disposent d'un chef spirituel suprême.

-Tous les musulmans sunnites et chiites, sont unanimes quant à la place du Coran comme source première de Droit. 

-Ils sont aussi d'accord sur le fait que le Hadith est la deuxième source légale, même si chaque groupe a ses propres références. 

-La troisième source de Droit est le consensus via l'ijtihad des savants qui est l'effort de réflexion collectif, basé entre autre sur le raisonnement analogique et sur d'autre règles de jurisprudence.

 

Les trois sources de la jurisprudence en islam sont;


1- Le Coran: source indiscutable, de transmission concordante (Mutawatira), Il contient des :


·versets sans équivoque : ne prêtant à aucune interprétation et de ce fait ont une valeur de certitude.


·versets à équivoque : prêtant à diverses interprétations et de ce fait n’ont pas une valeur de certitude.


2- La Sounna et le Hadith : deuxième source de jurisprudence en théorie mais c'est la première dans la pratique:

La Sounna: Conduite pratique du prophète(s) transmise par un grand nombre de façon concordante comme le Coran

Le Hadith: propos attribués au prophète(s) dont l'authenticité dépendrait de plusieurs conditions(voir ici), le hadith est divisé par les spécialistes en deux types que sont  le Hadith oncordant et le Hadith unique:

a) Le hadith concordant dit Moutawatir(متواتر): transmis par un grand nombre de personnes de façon concordante de manière que la raison exclut la possibilité que ce grand nombre ne complote pour le forger; ce qui lui donne force de certitude. Cette condition suppose que le hadith concordant doit être transmis par plusieurs groupes d'hommes éloignés géographiquement et n'appartenant pas à la même école (c'est à dire qu'il fait consensus dans sa transmission).

Autrement dit que le Hadith en question doit être  reconnu à la fois par les Sunnites, chiites, Ibadhites...etc

Le Hadith concordant lui aussi est subdivisé par les théologiens en deux types:

=> Le concordant textuel = El Moutawatir El lafdhy (اللفضي) : propos transmis texto mot à mot, très rare.

=> Le concordant non textuel = Moutawatir El Ma'nawy (المعنوى): transmission uniquement du sens des paroles, donc le doute persiste non pas à son authenticité, mais à son contenu en raison de la possibilité d'interprétation de la part des rapporteurs qui peuvent changer son contenu réel.

Il est a noter que les savants divergent énormément sur le  nombre exigé de rapporteurs pour définir le seuil à partir duquel on qualifié le Hadith de Moutawatir.


b) Le hadith unique dit Ahèd(
احاد) : ce qui ne remplis pas les conditions du Hadith concordant parce qu'il est transmis par une seule chaîne de rapporteur qui ne saurait être une garantie de certitude.

 

3- Le consensus des théologiens (الإجماع) : les spécialistes divergent à son sujet en ce qui concerne les points suivants



1/L’argument sur lequel est basé: un verset équivoque et un hadith Ahèd (unique , isolé) somme toute des arguments faibles

  • le verset

ومن يشاقق الرسول من بعد ما تبين له الهدى ويتبع غير سبيل المؤمنين نوله ما تولى ونصله جهنم وساءت مصيرا

 « Quiconque fait scission d'avec le Messager après que la voie lui a clairement été montrée,

  et suit alors un autre chemin que celui des croyants,

Nous nous détournons de lui comme lui-même s’est détourné. » [Cor. 4:115].

  • le Hadith

لا تجتمع أمتي على خطأ  أو على ضلالة في رواية أخرى

       « Ma communauté ne s’accorde pas dans l’erreur »(ou : « dans l’égarement » selon une autre version)

Il s’agit là d'un Hadith Ahèd « une information transmise par un seul », or une telle information, n’est pas susceptible d’établir un fondement de Droit (asl) et le consensus (l’ijmâ’) est un asl. Le subterfuge trouvé pour contourner la difficulté fut de dire que cette information a cessé d’être trop faible dès lors qu’elle ait rencontré l’agrément de tous ce qui, clairement, revient à établir la valeur probante du consensus en s’aidant d’un consensus..! (Argumentation circulaire)

 

2/L’époque: L’imam Ahmed par exemple ne valide que le consensus des compagnons


3/Le lieu: L’imam Malik quant à lui, ne valide que le consensus des gens de Médine


4/L’abrogation: un consensus peut-il abroger un autre? Absence de consensus sur cette question


5/La majorité absolue de la Oumma ou celles des experts ?: oui pour certains mais pas pour d’autres, qui exigent la majorité des experts et lesquels ? : certains favorisent le consensus des 4 imams d'écoles juridiques ? Mais pour d'autres ceci est un choix arbitraire.


6/Le consensus implicite: l'absence de rejet déclaré par au moins un savant sur une question donnée, équivaut consensus de la majorité !!! , là aussi il y a controverse sur sa valeur légale



Enfin voici l'exemple de deux imminents savants dont un fondateur d'école de Droit (fiqh). Ils n’accordent aucune importance à la valeur juridique du consensus, hormis celui des compagnons

(Dont l'existence n'a jamais été démontré sur une question n'ayant pas été abordé par le Coran ou par la Sounna ).


L’imam Ahmed ibn Hanbal dit :

(Menteur, celui qui prétend que le consensus est possible…. )

Réf : « questions de (Massai’l) ahmed ibn hanbaln 3/1314 Q n°1826 »


Le cheikh Ibn Taymiya dit :

(Les gens de la sounna sont d’accord sur le fait que le consensus des compagnons est un argument et divergent sur le consensus de ceux qui les suivent …)

Réf : « Minhaj Al sounna 2/601 » et « critique des classes du consensus = Naqued maratib el ijmâa » Mais aussi L’imam ibn Hazm (non pas ibn Hazm el zahiry), l’imam Al Ghazaly et en fin le cheikh Cheltout d’Al AZHAR.

Pour résumer, on peut dire que


- L'argument basé sur le consensus est impossible à obtenir du fait du schisme et des divisions en islam


- Donc l'argument théologique en islam ne peut être que de deux ordres:

  • Argument de certitude avérée : Les versets coraniques sans équivoque, la Sunna pratique et les hadiths concordants


  • Argument de certitude non avérée: Les versets coraniques à équivoque, le hadith unique; le consensus et le raisonnement par analogie .

 

Remarque

Il est d'usage de parler de quatre sources: Coran, Sunna, Consensus et de l'Ijtihad (effort de raisonnement sur les textes), mais en réalité l'ijtihad individuel n'a pas de valeur juridique et n'est pas contraignant pour la communauté des musulmans à moins qu'il soit partagé par tous les compagnons du prophète ou par tous les théologiens ce qui nous fait revenir au consensus, qui est lui même sujet à controverse comme nous l'avons déjà expliqué.